Travailleurs étrangers: des entreprise de Baie-Comeau à bout de patience.
Deux entreprises de Baie-Comeau doivent composer avec l’absence de travailleurs étrangers, en raison de délais administratifs et de refus de renouvellement de permis.
À La Ferme Manicouagan, un employé mexicain est bloqué dans son pays depuis maintenant six mois. Il était parti en janvier pour revoir sa famille, qu’il n’avait pas vue depuis trois ans. Son permis de travail était pourtant encore valide pour deux années. La copropriétaire, Julie Bérubé, affirme que le dossier était conforme, mais que le visa a finalement dû être refait au complet, aux frais de l’entreprise. On lui avait annoncé un délai de 10 à 12 semaines. Nous sommes maintenant en août et l’employé n’est toujours pas revenu. Son absence se fait sentir dans les champs. Les travailleurs agricoles fonctionnent normalement en équipes de deux et certains travaux, comme la taille des camerises et la coupe des stolons de fraises, sont laissés de côté. La ferme a aussi vécu une situation semblable avec une employée des Philippines qui a dû retourner dans son pays pour refaire ses démarches.
À La Crêperie de la Reine, la propriétaire Pascale Desbiens avait recruté trois travailleurs cubains il y a deux ans, faute de candidatures locales. Elle n’a finalement pu en conserver qu’un seul. Sa demande pour son cuisinier a été refusée. Selon Mme Desbiens, il aurait fallu démontrer qu’elle avait d’abord tenté de recruter des travailleurs déjà établis au Canada. La situation a contribué au départ de sa cuisinière en chef, qui craignait une surcharge de travail. Et les coûts s’accumulent : les billets d’avion vers Cuba seraient notamment passés d’environ 500 à 1100 dollars, en plus des dépenses de recrutement et de formation.
Yves Martineau, coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, affirme que ce problème est vécu par plusieurs employeurs au Québec. Selon lui, les mesures actuelles tiennent mal compte des besoins des régions comme la Côte-Nord. À La Crêperie de la Reine, la propriétaire envisage maintenant de fermer les lundis et mardis si elle ne trouve pas de solution d’ici la fin du mois. Et à La Ferme Manicouagan, on espère toujours revoir l’employé mexicain avant la fin de la saison.